mercredi 3 octobre 2012

Chronique : Z-Ro - Angel Dust

L'évocation de Z-Ro, de son vrai nom Joseph McVey devant des amateurs de rap non spécialistes du Sud n'évoquera probablement rien. Quand bien même les noms de Bun B, Pimp C, Outkast ou Geto Boys ont réussi à s'inscrire dans les mémoires collectives en tant qu'acteurs majeurs du rap, Z-Ro fait figure d'éternel oublié, au point que le New York Times le considère a juste titre comme un des rappeurs les plus sous estimés des Etats Unis.
 Actif depuis le milieu des années 90, affilié a tout ce que le Texas compte de rappeurs légendaires, a commencer par le collectif Screwed Up Click, nébuleuse d'artistes gravitant autour de l'incontournable DJ Screw, le manque de présence du Texan sur les radars musicaux s'explique probablement par l'absence d'album totalement renversant a son actif. Z-Ro n'est pas un game changer, il n'a pas révolutionné la musique sudiste. Mais c'est peut être pour ça qu'il est un de ceux qui l'incarnent le mieux.



 Angel Dust est le dernier en date d'une série de projets empruntant chacun le nom d'une drogue, qui a un moment ou un autre a probablement transitée entre les mains de McVey. Celui çi est en effet tristement coutumier des allers-retours en prison. Loin de s'en taper comme le ferait un Gucci Mane, Z-Ro aborde dans les textes de cet album un certains nombre de thèmes importants, entre quelques bravades va-t'en-guerre et une track à la forte teneure sexuelle ("Dicconu" qui n'est pas a mon avis un des points fort de l'album), tels que la paternité, la prison, les séparations amoureuses et en général la difficulté d'aborder un quotidien pas toujours ensoleillé.

C'est clairement dans cet exercice que l'artiste excelle : sur Truth Is, Today, Young Nigga et d'autres morceaux il dispense sans moralisme ni misérabilisme son expérience et sa philosophie qui rendent ses textes particulièrement intéressants sans pour autant être très complexes dans la forme ou le propos. Divertissants par leur teneur gangsta, mais capables de faire réflechir, on retrouve ici un peu de ce qui faisait aussi la force de 2pac : un esprit conscient (à ne pas prendre dans le sens galvaudé "rap conscient", ce n'est pas de cela dont ils'agit) pris dans un mode de vie dangereux et difficile (on retrouve d'ailleurs cette référence sur le morceau "When I Get Free".



L'autre particularité de Z-ro, qui en fait un rappeur unique, c'est sa voix incroyable. La comparaison inévitable, c'est évidemment Nate Dogg, mais Z-Ro n'a rien d'un clone. Non seulement sa voix à une identité propre, mais elle s'aventure aussi bien dans des refrains chantés extrèmements groovy que sur les couplets ou elle ajoute encore de la puissance au rap rapide et bondissant qui est le sien. Ajoutons à cela des productions à la forte saveur locale et le résultat est exactement ce qu'on peut attendre d'un album sudiste : une forte musicalité, beaucoup d'énergie, et ce coté blues directement tiré de l'héritage local.



Bon, bien sur, tout n'est pas parfait sur ce "Angel Dust", les morceaux se ressemblent souvent beaucoup, certains sont dispensables, on est pas vraiment dans l'expérimentation musicale c'est sur. Mais si il ne s'agit toujours pas d'un chef d'oeuvre absolu, c'est sans conteste un album à écouter sans y réfléchir une seule seconde pour les amateurs de vrai rap, efficace et intelligent. Un retour aux bases de ce qui fait la force du rap Houstonien, un produit sans concession avec écrit "REAL SOUTH" en gros et en relief dessus. Petit plus enfin, les featurings d'autres poids lourds locaux comme K-Rino ou Lil Flip sont dans la même veine : "Grown man rap music".

1 commentaire:

  1. super review, manix, et putain d'album aussi même si on n'arrive toujours pas au niveau du Cocaine. keep up the good shit.

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