Quelle histoire que celle du gros Ross ! Auteur de ce qui semblait être voué à devenir un "one hit wonder" avec son tube "Hustlin", seul véritable point fort d'un premier album moyen, victime de révélations malvenues sur son passé de gardien de prison, affaibli par des problèmes de surpoids, Ross ne semblait pas particulièrement en bonne position pour de venir LA nouvelle superstar du rap, et pourtant...
Après quatre albums à la qualité exponentielle, la création d'un label, des featurings en pagaille, Rick Ross et MMG apparaissent comme le phénomène le plus enthousiasmant à envahir le mainstream depuis l'envol de la clique Young Money. Le rapping, l'image, les productions, les ventes... tout s'est amélioré de façon remarquable chez Rozay, au point qu’aujourd’hui celui çi fait jeu égal avec les poids lourds du genre (YMCMB notament), trustant les playlists des chaines spécialisées.
C'est dans ce contexte que le rappeur, pour continuer à envahir télé et ondes radio, et fournir leur dose à ses fans, offre depuis quelques semaines sa nouvelle mixtape "Rich Forever", censé servir d'amuse gueule avant le plat principal, l'album "God Forgive, I Don't". Mais Rich Forever, c'est bien plus que ça, c'est le haut du panier de la mixtape, la version luxe, la bugati du projet gratuit. Une vingtaine de titres, des featurings de qualité (2 Chainz, French Montana, Meek Mill, Nas, Future...) deux chanson pour meufs, et que du lourd. La tape est en effet un pur concentré de la méthode Ross : des productions tonitruantes (Mike Will, Lex Luger, Justice League, Beat Billionnaire), qui rappellent immanquablement défilés militaires, marches victorieuses, conquête implacable. Et des textes portés par une voix plus qu'imposante, immanquablement centrés sur l'argent, la puissance, la réussite et le hustle.
Si les titres orientés drogues violence et égotrip tombent dru et sont particulièrement efficaces (High Definition, Last Breath, Fuck Em...) là ou Rozay frappe le plus fort et nous démontre l'immensité de son talent, c'est sur les morceaux qui glorifient son parcours, sa réussite et sa richesse. Rich Forever, Stay Schemin, The World Is Ours, ou encore Triple Beam Dreams sonnent tout simplement grandiose. Les productions sont particulièrement bien choisies, impériales, pharaoniques : quand l'instru de Rich Forever accèlere, on reste collé au fond de son siège comme dans un jet au décollage, et celle de Stay Schemin dégage une impression de puissance maitrisée qui donnerait presque des frissons.
Dans chaque morceau, la présence du patron de MMG remplit l'espace, sans prouesses particulières dans le flow ou les lyrics, il dégage immanquablement une puissance écrasante, contrepoint parfait aux rappeurs plus aigus et plus rapides qui l'accompagnent (Drake, Nas ou Meek Mill notament), et si on peut douter de l'implication réelle de Rick Ross dans une quelconque activité criminelle d'envergure, là n'est pas l'important car une chose est claire : Rick Ross à la dalle, et il s'ouvre un boulevard à grand coups de machoires vers le panthéon du rap. Bien peu de rappeurs ont été capables d'allier une telle produtivité à une qualité constante, couplée à une réussite commerciale digne du rêve américain.
Projet secondaire, Rich Forever est toutefois incontournable : c'est un témoignage supplémentaire de ce qu'est MMG aujourd'hui, un poid lourd parmis les poids lourd. S'il n'égale pas artistiquement des légendes comme Biggie, Pac ou Jay Z, Ross est immanquablement un grand du rap désormais. Peut être justement parce qu’on ne l'a pas pris au sérieux, parce qu’il a essuyé des coups dur, il ne s’arrêtera plus, il va tout niquer. Pourquoi ? Parce qu’il est RICHE POUR TOUJOURS, biaaatch !