jeudi 5 avril 2012

Chronique : Nacho Picasso/Blue Sky Black Death - Lord Of The Fly

Depuis quelques semaines, un nom se répand sur internet, des clips tournent, des articles sont publiés... bref y'a du buzz, et ce buzz encore timide à un nom : Nacho Picasso. Quel intêret que j'ajoute donc ma pierre à l'édifice de la hype ? Honnêtement c'est parce que ce jeune rappeur de Seattle est plus qu'une curiosité à mes yeux : d'abord je trouve que ça défonce, et ensuite parce que le succès naissant de l'artiste doit beaucoup à ses deux producteurs préférés, Blue Sky Black Death, et qu'on en parle pas assez.



Les productions m'ont en effet particulièrement marquées : le duo de producteur est à l'origine d'une lente avalanche de beats tordus, oppressants, psychédéliques, qui sonnent un peu comme une version codeinée et un tantinet badante du son de Clams Casino. Les grosses basses côtoient de petites mélodies entêtantes oscillant entre l'épique, le trippant et le franchement menaçant, les drums frappent sèchement, et le kick lorgne plus du coté du tambour de guerre que de la simple grosse caisse. Ici, les basses flirtent avec la wobble du dubstep, les morceaux sont parsemés de bizarreries électroniques et on est bien loin du sampling cher à Primo ou RZA. Alors ne serait ce qu'un OVNI? Nope, la plus grande réussite de ce Lord Of The Fly coté beats est de ne pas ressembler à un croisement bâtard mais d'être au contraire une vision très contemporaine de la production hip hop, un truc plus à la pointe qu'à la marge de très bon augure pour l'avenir de cette musique.



Quant au rappeur, sans être traumatisant au micro, il maitrise le flow et les rimes bien mieux que la moyenne des rappeurs aussi débutants que lui, trop souvent semblables à un clone mononucléosé de Waka Flocka (arrêtez de demander des sons à la Lex Luger, pitié), et développe au file des tracks ses obsessions avec talent. Si le garçon semble avoir un urgent besoin d'un psychologue et d'un spécialiste en addictions, on se gardera bien de lui dire. Sa déviance assumée bien que déplorée faisant tout son intérêt. Drogues, sexe, mégalomanie, paranoïa, traité avec cynisme et désabusement, voila de quoi parle Nacho Picasso, nous dépeignant avec brio le portrait d'une nouvelle génération de jeunes noirs écartelés entre leur appétit de réussite et leurs démons, ni tout à fait hustlers accomplis ni toxicos finis.



Porté par des productions atypiques et réussies, des thématiques sombres, de vraies qualités de rappeur ainsi que des refrains efficaces (sur Stare At The Sun ou Phantom Of The Opera par exemple) cette tape est indéniablement un projet sur lequel il ne faut pas dormir, si vous ne l'aviez pas encore compris. Bien sur le projet n'est pas parfait, Nacho Picasso n'a surement pas encore atteint ses capacités maximales de rappeur, et l'égocentrisme permanent risque d'en agacer certains, mais cela fait au final bien peu de raisons de passer à coté.

Allez, choppe le ici và ! (et quand même, pour ceux qui ne connaissent pas, allez faire un tour chez le Captain Nemo de temps en temps ça fait deja quelques temps qu'il en parle et y'a toujours du bon son)

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