
Pour ceux qui ne le savaient pas encore, si il y a une capitale de la musique rap à l'heure actuelle aux états unis, c'est Atlanta. Bien que les artistes les plus populaires tels que Rick Ross, Kanye ou Lil Wayne n'en soient pas originaires, ATL est un laboratoire du son à l'influence considérable sur le Hip Hop américain : la déferlante trap, et surtout l'incroyable impact du désormais classique premier album de Waka Flocka ont chamboulé le rap jeu en profondeur. Il suffit de voir l'impact qu'a eu le son Lex Luger, qu'on retrouve maintenant partout pour le meilleur et pour le pire, aussi bien chez Rick Ross que chez notre Booba national. Dès lors, la monté en puissance d'un des derniers rejetons de cette ville ne pouvait qu'attirer les regards : le jeune Future s'est distingué de la masse par une nouvelle approche du son atlantien : synthés mélodiques à balle, alliance du rap et du chant portés par une voix rocailleuse trafiquée électroniquement comme cela ne se faisait plus, esthétique d'outre espace... et surtout une volonté affichée de faire de la musique pour remuer les foules et ambiancer les stades.
Difficile dès lors de savoir a quoi s'attendre avec ce premier album très attendu : révélation d'une nouvelle star ou bide total ? Au vu de la sortie très récente de l'album (euh, aujourd'hui) les chiffres parleront plus tard mais on peut dès lors s’atteler à la critique musicale de cet OVNI.
Et Future ne nous avait pas menti, dès l'introduction de Big Rube, qu'on a pu entendre sur les albums Organised Noize (Outkast, Goodie Mob..), le ton est donné : Future à l'ambition d'être un game changer et se veut à la hauteur de son nom d'artiste, futuriste a fond ! L'album démarre vraiment avec en guest R.Kelly sur le titre parachute, hybride rap/RnB ou le chanteur ne se contente pas du refrain mais partage la vedette avec le rappeur sur une instru proteiforme vouée à cartonner en club, et continue avec un hymne qu'on imagine bien retourner le stade de france, suivi d'une track girl friendly encore très mélodique. Là, l’inquiétude commence à monter, en effet bien que très efficaces ces deux chansons on une vilaine tendance à frôler les limites du bon gout ! Mais voila qu'on arrive au déja classique remix de Magic avec T.I et l'album fini vraiment par passer en hyperespace.
(oui c'est censuré ça craint)
"Trippin", avec l'incontournable Juicy J (parler de drogues sans l'inviter serait un sacrilège), l'hymne gangsta Tony Montana (agrémenté d'un Drake sur lequel je ne me prononcerais pas), les plus personnels "Neva End" et "Permanent Scar", les deux bangers "Same Damn Time" et "Homicide" (avec un couplet excellent de Snoop Dogg comme on avait pas vu depuis longtemps!) et un hommage à UGK très bienvenue avec Trae The Truth ("Long Live The Pimp"), aka le seul homme qui t'impressionne en chuchotant : ça tabasse sacrément et on rentre vraiment dans ce son Future-istique qui atteint ici un niveau critique, plus encore que sur toutes ses mixtapes.
Difficile de ne pas accrocher à cette nouvelle recette à base de basses dopées, hi hats frénétiques et mélodies électroniques épiques, tant pis si c'est ultra accessible !
L'album s'achève avec un autre titre très sentimental et cheesy, sur la difficulté de trouver la femme de sa vie (!) "Turn On The Lights" bizarrement très addictif (ce n'est pourtant pas mon genre), et une ode à son succès mérité "You Deserve It" qu'on imagine bien encore une fois faire un carton en live.
Sur toute ces pistes, future oscille comme toujours entre chant et rap, déployant dans les deux domaines une écriture correcte mais surtout un sens de l’efficacité et de la mélodie assez imparable. Pas besoin de chercher un flow à tomber par terre ou des lyrics très recherchées, il ne se place pas dans ce créneau là.
En résumé, on ne peut que constater que ce projet s'inscrit dans une vision artistique qui ne doit rien au hasard. Future tiens toutes ses promesses avec un album accessible mais ambitieux qui colle parfaitement à son cri de ralliement : turn up ! Pas une seule pause, du triomphal pour briser des nuques dans la fosse, du mélodique pour faire larmoyer le public féminin et partout cette obsession de sonner majestueux et d'avoir quelques parsecs d'avance sur la concurrence. Nul doute que certains ne supporteront pas longtemps cette grandiloquence et le manque de substance dans les textes, et certaines tracks sont vouées à être systématiquement zappées mais ce serait dommage de se priver du plaisir que procurent la majorité des chansons de cet album, quand bien même il s'agirait d'un plaisir coupable, et surtout de passer à coté d'un artiste qui se démarque à ce point : ce n'est plus si courant !
L'album est en écoute intégrale (sans les tracks bonus) sur Deezer
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